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Saint-Georges

Le saint patron de la paroisse

Une vie sans histoire laisse les personnes dans l’ombre jusqu’à ce que les évènements se chargent de les faire sortitr de l’anonymat. Ce fut le cas de Saint Georges. Les ouvrages traitant de la vie des Saints que nous proposent les librairies et bibliothèques ne nous en disent pas grand chose, s’attachant davantage à l’extension de son culte qu’à sa vie. Certes, aucun Acte « authentique » ne nous serait parvenu. Mais l’existence du culte d’un Saint dédiant les limites de l’espace et du temps et la localisation géographique précise de son tombeau sont assez d’éléments pour confirmer son existence.

La vie de Saint-Georges

Saint Georges naît dans une famille noble et chrétienne, de père cappadicien et de mère palestinienne. Il entre très jeune dans l’armée impériale. Ses qualités physiques et morales ainsi que son art de diriger les hommes lui ont permis de gravir rapidement les échelons et d’accéder très jeune au poste d’officier. Il meurt martyr probablement vers 303 – début de la grande persécution antichrétienne soule vée par l’empereur Dioclétien – peut-être même plus tôt, bref avant l’avènement de l’Empereur Constantin. Il est inhumé à Lydda – anciennement Diospolis, aujourd’hui Lod, site de l’aéroport de Tel Aviv. Rapidement son tombeau devient un lieu de pèlerinage. Une basilique y est élevée et Lydda devient la « Ville de saint Georges » que connurent les croisés.

Saint Georges a été martyrisé parce qu’au nom de la foi en Jésus Christ, il avait refusé de sacrifier aux dieux de la religion traditionnelle comme l’imposait l’Empereur. D’avis général, à l’époque, refuser le culte impérial sur lequel reposait la cohésion politique de l’empire, c’était non seulement ne pas reconnaître la divinité de l’Empereur, mais surtout provoquer la colère des dieux. C’est pourquoi cet acte, considéré comme subversif, devait être sanctionné de manière spectaculaire afin de tuer dans l’oeuf tout germe de rébellion susceptible de naître dans le coeur des chrétiens, et surtout des soldats chrétiens. En effet, depuis « la petite paix de l’Église » (260-303) instaurée par l’Empereur Gallien, la religion chrétienne, bien qu’illicite et suspecte, avait progressé. Des chrétiens avaient accédé à des responsabilités publiques et certains se retrouvaient même dans l’entourage des empereurs.

Son martyre

La littérature mentionnée ci-dessus reste très discrète sur le martyre proprement dit. Selon certaines traditions, le martyre aurait duré 7 années. Aux souffrances infligées par des tortures monstrueuses (brûlé, battu, ébouillanté, scié en deux, écrasé, déchiqueté par une roue garnie de sabres, …) succèdèrent des guérisons miraculeuses allant parfois jusqu’à la résurrection (trois), des apparitions réconfortantes du Christ et de l’Archange Saint Michel. Les supplices ont été entrecoupés de périodes d’accalmies pendant lesquelles l’Empereur a cherché à amadouer Georges, lui promettant pouvoir, richesse et honneur, mais Georges ne se laissa pas séduire par la promesse flatteuse d’un royaume temporel. En la personne de Georges s’est joué le combat entre l’acharnement destructeur d’un bourreau sans pitié et la prévenance vivifiante d’un Dieu Amour. Cet exemple a entraîné la conversion de témoins qui, pour certains, allèrent jusqu’à donner leur vie.

Parfois les mots ont besoin dêtre porteurs d’une image pour frapper la compréhension des gens et les faire entrer dans la profondeur d’un mystère. Ainsi le merveilleux se charge-t-il d’étoffer les récits de la vie de Saint Georges, tout comme celles d’ailleurs de nombreux autres saints lorsqu’on ne possède pas beaucoup de renseignements les concernant. Il ne s’agit nullement de chercher à minimiser le courage et la foi de Saint Georges. mais, pour des raisons de vraisemblance, ne somme-nous pas invités à nous poser la question de savoir si tous les supplices cités ont réellement été endurés par Saint Georges ? Peut-être qu’au cours des siècles, on a été amené à mentionner tous ceux qui existaient à son époque ? N’est-ce pas une manière de mettre en évidence la force que Dieu donne à ceux qui mettent leur foi en lui ?

La rectitude historique à cette époque n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, d’autant que la vie des saints était racontée de manière à soutenir, à édifier et à instruire les communautés chrétiennes naissantes. Cependant, le merveilleux risquant d’occulter l’expression de la grâce dans le coeur du croyant, le Pape Gélase I a jugé bon dans « De libris recipendis » (496) d’interdire la lecture du récit du martyre de Saint Georges dans les églises. Par cette interdiction il ne remet nullement en question l’existence de Saint Georges qu’il considère comme faisant partie « des saints que les hommes vénèrent avec justesse mais dont les actions ne sont connues que de Dieu seul ». Cette intervention ne souligne-t-elle pas la vitalité de ce culte ?

En Gaule, la cour mérovingienne contribue à l’extension du culte de Saint Georges.

Le culte de Saint Georges se répand dans le Moyen Orient pour ensuite toucher les pourtours de la Méditerranée avant de s’enfoncer davantage dans les continent. Des chapelles, églises et monastères mis sous son vocable fleurissent en Palestine, en Syrie, en Egypte, en Grèce, dans le Sud de l’Italie, en France, en Belgique, en Angleterre, au Danemark, … L’empereur Constantin n’a-t-il pas élevé à Constantinople (IVème siècle) une basilique en l’honneur de celui que les byzantins appellent le « grand martyr » ?

Du IVème au VIIème siècle, l’hérésie arienne fait des ravages dans le monde chrétien. (Elle soutient que le Christ n’est qu’une créature humaine adoptée par Dieu et remet ainsi en question le fondement de la foi chrétienne en Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme). A cette époque où bien souvent les affaires religieuses sont considérées comme affaires d’Etat, le christianisme est prêt à voler en éclats.. C’est à ce moment qu’arrive Clovis, un petit roi barbare et païen. Il a vite compris que l’avenir de son pays était dans le christianisme émanant de Rome. Au grand bonheur de sa femme Clothilde, il se fait baptisé le 25 décembre 498 ou 499 par Rémi, l’Evêque de Reims, et entraîne dans son sillage la Gaule naissante. Il est soutenu par les Evêques des régions romanisées et par Athanase, l’Empereur romain d’Orient, qui lui donne les titres honorifiques de consul honoraire et de patrice. Comment, dans ces circonstances, ne pas entendre parler de Saint Georges, le soldat chrétien martyr tant vénéré dans l’empire d’Orient ? Comment ne pas voir dans cette explication une origine du culte de Saint Georges au sein du royaume franc ?

Clovis fit construire un monastère en l’honneur de Saint Georges. La reine Clothilde place l’église de Chelles, dans les environs de Paris, sous son patronage. L’Evêque Saint Germain (VIème siècle) propage le culte de Saint Georges dont il aurait rapporté un bras lors de son pèlerinage à Jérusalem. Les contacts avec la cour mérovingienne véhicule le culte. C’est ainsi qu’en Belgique, au VIème siècle, à Amay, Sainte Ode, qui consacra sa fortune à soulager les pauvres fonde également diverses églises qu’elle dédie à ce saint auquel elle vouait un culte particulier. La légende raconte que, partie à la chasse dans les forêts et bois marécageux qui occupaient l’emplacement actuel de la ville d’Amay, Ode se perdit. Elle pria alors Saint Georges de lui venir en aide et promit de lui faire bâtir un oratoire si elle sortait saine et sauve de cette situation. La chapelle a été construite, remaniée et agrandie au cours des siècles, elle devient l’actuelle Collégiale Saint Georges d’Amay. C’est ainsi que se répandit dans la région le culte de Saint Georges dont elle avait sans doute entendu parler par son mari, le duc Bodegisel (ou Bobon) qui était au service du roi Childebert II, arrière petit fils de Clovis et roi des Francs (570-595).

C’est au VIIème siècle que naît le village de Saint-Martin de Boscherville. Dans son cimetière, le seigneur Boscher fait édifier une chapelle funéraire sur les vestiges d’un temple païen désaffecté et la fait mettre sous le vocable de Saint Georges. Au cours de l’histoire, toujours sous le même patronage, le bâtiment évoluera : il deviendra une collégiale (XIème siècle) celle-ci laissera la place ensuite à une Abbaye bénédictine (XIIème siècle) dont les restes font la notoriété de notre village.

Saint-Georges et les Croisades

Au cours du 2ème millénaire, le culte de Saint Georges, essentiellement répandu par les gens d’Eglise, va prendre une autre dimension. En Espagne comme en Terre Sainte, les armées chrétiennes vont faire l’expérience de la présence de Saint Georges à leurs côtés lors de certaines batailles contre les Sarrasins lors des libérations de Barcelone au Xème siècle puis au XIème siècle et lors des batailles d’Antioche en 1098 ou de Montgisard en 1177. Même les chevaliers sarrasins avaient remarqué « le chevalier aux blanches armes » qui avait tué tant des leurs. Cela se passait après le saccage de l’église Saint Georges à Lydda par Ivelin, lieutenant de Saladin. Une fresque de l’église de Poncé sur le Loir (Sarthe) peinte fin XIIème siècle illustre cet épisode : Saint Georges revêtu d’une cotte et d’un heaume blanc comme neige guerroie de Démétrius et Mercurius. Les contacts avec les soldats grecs qui ont une grande vénération pour Saint Georges et le séjour en 1191 des Croisés à Lydda, « ville de Saint Georges », ont renforcé l’admiration pour ce saint qui deviendra tant en Orient qu’en Occident le patron des armées et de la Chevalerie.

Au moyen âge, l’Eglise a beaucoup oeuvré pour la conservation des élites sociales qui servaient de référence à l’ensemble de la population. N’a-t-elle pas transformé la noblesse en moralisant les métiers d’armes ? Dans une homélie rédigée en l’honneur de la fête de Saint Georges, un 23 avril, Saint Pierre Damien (1007-1072) se fait l’écho de l’enthousiasme que suscite ce saint dont les vertus doivent servir d’exemples : « Ce guerrier de l’armée du ciel, frères très chers, ne nous contentons pas de l’admirer : imitons-le ». Ce bouillant soldat du Christ, après avoir distribué tous ses biens aux pauvres, a plongé dans la mêlée, ayant pour seule protection la cuirasse de la foi et l’étendard de la croix.

Saint-Georges, source d’inspiration culturelle

Au XIIIème siècle, dans son livre « La Légende dorée », Jacques de Voragine, dominicain nommé Archevêque de Gênes en 1292, récapitule « tout ce qui doit être lu » – sens qu’il faut donner au mot légende – au sujet d’une soixantaine de saints et saintes vénérés entre le IVème et le VIème siècle. Dans cet ouvrage, nous trouvons enfin le récit présentant Saint Georges pourfendant le dragon.

Saint Georges arriva à Silcha, ville de la province de Lybie, au moment où la princesse désignée par le sort allait se laisser dévorer par un dragon qui terrorisait la région. Saint Georges, monté sur son cheval, « se fortifie du signe de la croix » et attaque avec audace le terrible dragon qu’il transperce de sa lance. Il invite ensuite le roi et ses sujets à se faire baptiser, moyennenant quoi, il achève le dragon. Il refuse pour lui-même toute récompense que le roi veut lui donner en signe de remerciement, mais demande que ces sommes d’argent soient distribuées aux pauvres. Avant de quitter les lieux, il donne au roi quatre avis : avoir soin des églises de Dieu, honorer les prêtres, écouter avec soin l’office divin et ne jamais oubier les pauvres.

Ainsi, à travers le combat de Saint Georges et du dragon, le chevalier découvre son idéal moral et religieux : protéger les femmes et les apuvres gens, combattre courageusement le Mal, puiser sa force dans le Seigneur et apprendre à rechercher les vraies valeurs qui ouvrent le chemin du Royaume divin.

Ce récit inspirera de nombreux artistes, tant occidentaux qu’orientaux. Les premières représentations de Saint Georges terrassant le dragon remontent au début du XIème siècle : il s’agit d’icônes ukrainiennes. Antérieurement, il était représenté sous les traits d’un jeune soldat. La plus ancienne représentation de Saint Georges qui nous soit parvenue est donnée par une des trois icônes bysantine du VIème siècle qui survécurent à la crise iconoclaste. Nous le voyons en soldat vêtu d’une tunique rouge (couleur des martyrs) en présence de la Vierge en majesté, des anges et de Saint Théodore.

Une exposition permanente dans l’abbatiale de Saint Martin de Boscherville vous permettra de le connaître davantage.

Auteur : Véronique Toussaint – Article du magazine REGARDS de l’année 2001

Ouvrages consultés :

– Plamia, janvier 1995, n° 91 – article de Nathalie de Lajarte.
– Trésors de la Collégiale d’Amay, A. Lemeunier, Conservateur du Musée d’Art religieux et d’Art mosan de Liège.
– « Sur les pas de Colin Maillart… », guide touristique de Huy et de sa région.
– « Baudouin IV de Jérusalem, le roi lépreux », par P. Aube, collection Perrin.
– « La Légende dorée », de J. de Voragine, collection GF-Flammarion.